GLI OCCHI LA BOCCA

GLI OCCHI LA BOCCA
LES YEUX, LA BOUCHE

Marco Bellocchio

GLI OCCHI LA BOCCA

LES YEUX, LA BOUCHE

 

Avec le passage des années, Bellocchio retourne sans cesse davantage vers ses émotions, ses angoisses privées. (…)

Avec Les yeux, la bouche, la chose devient encore plus claire dans la mesure où le cinéaste retrouve l’acteur de ses débuts, l’acteur miroir Lou Castel. Le jeu référentiel va d’ailleurs rapidement fonctionner non pas en auto-citation (comme pourrait le faire croire au début du film la séquence du cercueil ouvert autour duquel s’agite Lou Castel dans un comportement analogique à celui qui était le sien dans Les poings dans les poches) mais plutôt comme la reprise d’un discours commencé dix-sept ans plus tôt : Lou Castel n’est pas la résurgence du personnage du premier film, c’est l’acteur même qui vient vivre devant nous une histoire, celle d’un comédien qui se retrouve avec ses amertumes, ses échecs, les blessures qu’a laissées en lui l’expérience de 68.

Revenu dans sa famille – une de ces familles atroces qui exhalent davantage une atmosphère mortuaire qu’une impulsion vitale – Giovanni tombe amoureux de l’amie de son frère. Cet amour, perçu d’abord comme impossible car le frère vient de se suicider, va peu à peu se développer et amener le protagoniste à rompre douloureusement avec sa mère dans une séquence expressionniste où il prend la place du frère mort.

 

Dans cette histoire qui pourrait devenir sordide, Bellocchio réagit et cherche une issue : il montre le vieillissement de son personnage – il nous parle donc indirectement du sien – et insiste sur le profond désespoir qui l’habite. En même temps toutefois, et là se situe la fonction de l’acte de créer, il suggère une voie amoureuse – la communication entre deux êtres – comme alternative. Dans cette tentative, comme il le dit lui-même, « de retrouver la fusion triangulaire entre les yeux et la bouche, c’est à dire une sexualité libre et savante », Bellocchio mesure les traumatismes et cherche une nouvelle harmonie avec les autres et avec lui-même. Mais au prix de quels déchirements !

 

Jean A. Gili, Positif n° 261, Novembre 1982

Marco Bellocchio
Marco Bellocchio

Marco Bellocchio (Bobbio, provincce de Plaisance,1939) est l’un des plus grands réalisateurs italiens en activité. Après une formation en art dramatique, entré au Centro sperimentale di cinematografia de Rome en 1959 pour devenir comédien, il se tourne vite vers la réalisation. Remarqué par la critique dès son premier film I pugni in tasca (1965, Les poings dans les poches), il se singularise par un cinéma engagé et subversif : Nel nome del padre (1972, Au nom du père), Marcia trionfale (1976, La marche triomphale), Salto nel vuoto (1980, Le saut dans le vide), Diavolo in corpo (1986, Le diable au corps). Après une période où l’approche est plus psychanalytique, Bellocchio continue à susciter controverses et polémiques avec un cinéma, parfois dérangeant, en prise avec la réalité italienne : L’ora di religione (2002, Le sourire de ma mère), Buongiorno, notte (2003), Vincere (2009), Bella addormentata (2012, La belle endormie), Sangue del mio sangue (2015), Fai bei sogni (2016, Fais de beaux rêves), Il traditore (2019, Le traître).

BANDE ANNONCE

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FICHE TECHNIQUE

Réalisation : Marco Bellocchio

Scénario : Marco Bellocchio, Vincenzo Cerami

Image :  Giuseppe Lanci

Montage : Sergio Nuti

Musique : Nicola Piovani

Producteur (s) : Enzo Porcelli

Productions : Odyssea (Rome), Gaumont (Paris) avec la collaboration de la Rai

Distribution France : Gaumont Distribution

Vente à l’étranger : 

Interprètes : Lou Castel, Angela Molina, Emanuelle Riva, Michel Piccoli, Antonio Piovanelli, Giampaolo Saccarola, Viviana Ton, Antonio Petrocelli

Année : 1982
Durée : 1h 40
Pays de producion : Italie, France