LA BOCCA DEL LUPO

LA BOCCA DEL LUPO
LA BOCCA DEL LUPO

Pietro Marcello

LA BOCCA DEL LUPO

Enzo a passé 27 années de sa vie en prison. Multirécidiviste, désormais libéré, il a retrouvé Mary, un transsexuel qu’il a rencontré en prison et dont il est follement amoureux. Sortie de prison avant lui, elle l’attend pendant de longues années. Lorsqu’ils se retrouvent, ils se racontent à la caméra comme un vieux couple. Enzo « le Roc » et Mary « la Garce » ont une vie à reconstruire, ils rêvent d’ « une maison à la campagne », mais pour le moment ils sont contraints de vivre à Gênes, dans cette ville coincée entre la mer et la montagne, avec ses bas-quartiers où vit une population à la dérive, aux rêves inaccessibles. La ville est le lieu d’une errance poétique où les fragments d’archives, les extraits de films et les tableaux documentaires du présent de Gênes établissent le dédale visuel d’une histoire d’amour inédite et paisible.

 

Si ce film n’avait consisté qu’à enregistrer le témoignage de ces deux transis d’amour fou, il n’eût été qu’un volet cocasse et touchant pour quelque magazine spécialisé dans les faits de société, de type Strip-tease. Bien plus que cela, La Gueule du loup orchestre un défilé d’images et de sons qui s’imposent en poème torrentiel. Le film transcende le vécu primitif de ces persécutés, ces chats errants que la fatalité a, comme qui dirait, brûlés vifs, et qui survivent en disant la croix qu’ils ont portée. Montage de plans documentaires, d’archives et d’extraits de films, de séquences Super 8 et de déambulations, La Gueule du loup nous charrie le long des docks, des chantiers, près des grottes, devant les night-clubs, dans les ruelles à voûtes, les coupe-gorge, les impasses du Sottoripa où sèche le linge et tapinent les prostituées, des grosses assises sur une chaise. C’est Gênes, la nuit déserte, la foule, un rat qui rôde, le décor d’un film noir, où marche un ragazzo en costume cravate « trop jeune pour la retraite, trop vieux pour être embauché ». C’est une scène baroque, dans un bar, entre le crépuscule et l’aurore, où des homos dansent près d’un juke-box qui diffuse L’Eau à la bouche de Gainsbourg.
Et puis, une voix rocailleuse qui alterne, entre les mots d’amour d’Enzo, les mots d’amour de Mary, et des bribes d’un livre publié en 1892 par un certain Gaspare Invrea, La Bocca del lupo. Monologues grandioses parlant de ces exclus qui « traversent des lieux disparus, descendant des rampes et remontant des pentes reculées où repose l’obscurité », des « naufragés sur terre » sur les visages desquels tomberont les rayons du soleil, tandis que « la houle marque le temps qui passe ».

Jean-Luc DOUIN, Le Monde, 22 juin 2010

Pietro Marcello
Pietro Marcello

Pietro Marcello (Caserte, 1976) fait les Beaux-Arts. Il enseigne en prison et organise des rencontres cinématographiques à Naples. De 2003 à 2007, il réalise quatre courts-métrages et un documentaire, Il passaggio della linea. Il passe au long-métrage en 2009 avec La bocca del lupo, suivi en 2015 de Bella e perduta. De ses fictions émerge toujours une réflexion sur le réel. Il en va de même dans Martin Eden, son troisième long-métrage.

BANDE ANNONCE

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FICHE TECHNIQUE

Réalisation : Pietro Marcello

Scénario : Pietro Marcello, d’après le roman éponyme de Gaspare Invrea

Image :  Pietro Marcello

Montage : Sara Fgaier

Musique : ERA

Producteur (s) : Nicola Giuliano, Francesca Cima, Dario Zonta

Productions : Indigo Film, L’Avventurosa Film

Distribution France : Bellissima Films

Vente à l’étranger : 

Interprètes : Vincenzo Motta, Mary Monaco

Année : 2009
Durée : 1h 07
Pays de producion : Italie