L’ISOLA

L’ISOLA
L'ISOLA - L'ÎLE

Costanza Quatriglio

L’ISOLA – L’ÎLE

Des enfants sur une île, la mer omnipré­sente, nourricière et toute-puissante, le soleil et le vent qu’on croit sentir sur la peau, une gaieté radieuse et sérieuse : le ton de ce film est tout entier dans le naturel tendre et léger avec lequel sa toute jeune réalisatrice accompagne les temps forts comme les habitudes quoti-diennes d’un groupe d’habitants à la vie rude, pêcheurs, marins, bergers pour qui le travail est le centre exigeant de l’exis­tence. Le film est construit autour de l’amour fraternel entre Teresa, à la sortie de l’enfance, et son frère aîné Turi, au seuil de l’âge d’homme. En apprentissage auprès de son père patron pêcheur, homme sans concessions, Turi affirme peu àpeu sa propre force de caractère. Les étapes de cette entrée dans l’âge adulte suivent le rythme de son ini­tiation à des moments clé de la pêche au thon, dont le plus spectacu­laire et éprouvant est la mattanza, où il faut harponner les poissons pri­sonniers de la chambre des filets (appelée aussi île).

 

Dans l’affrontement avec son père et la rivalité, y compris amoureuse, avec un jeune pêcheur plus expérimenté, Turi, frêle, silencieux et décidé, conquiert ce qu’il deviendra : non pas pêcheur, mais marin. Costanza Quatriglio donne ici à l’adolescence des images d’une justesse rare où pour une fois, il n’est question ni de désœuvrement, ni de consomma­tion effrénée et désabusée, mais du goût d’accéder aux responsabilités, de l’attention aux forces de la vie et de la nature (comme dans la scène de la naissance du veau sous les regards concentrés et presque respectueux des deux jeunes vachers et de Turi), du partage de vie avec les générations précédentes. Et làc’est Teresa qui est le person­nage porteur du film, gamine encore bondissante et espiègle et déjà ébauche de jeune fille déterminée, elle apprend auprès de sa grand-mère la mesure de l’essentiel avec simplicité et spontanéité: amour, espoir, mémoire, constance. Sous l’ombre tutélaire de son grand-père mort en mer, Teresa hérite d’une vitalité presque magique que son éner­gie têtue et rieuse décuple. Qu’elle jubile sous la pluie d’orage, qu’elle s’entête à participer au plus près aux rituels de la pêche qui la passionnent, ou qu’elle accompagne en complice un vieux soupirant de sa grand-mère sur le bulldozer qui une nuit écroule enfin le mur construit abusivement qui obstruait sa vue sur la mer, Teresa est l’incarnation d’une authenticité porteuse de liberté.

Sur l’île qui abrite aussi une prison, ce mot a un poids réel. La confiance de Teresa pour le personnage du détenu, mécanicien la journée, auquel le romancier Erri De Luca prête son visage de pierre sculptée, ses mains d’ancien maçon et – le public français l’ignore peut-être – sa condition d’ancien militant solidaire de ses camarades aujourd’hui encore incarcérés, confère à ce film une ouverture vibrante d’humanité.

Costanza Quatriglio

BANDE ANNONCE

https://festival-villerupt.com/wp-content/uploads/2020/05/1027.jpg

FICHE TECHNIQUE

Réalisation : Costanza Quatriglio

Scénario : Costanza Quatriglio

Image :  Aldo Di Marcantonio

Montage : Babak Karimi

Musique : Paolo Fresu

Producteur (s) : 

Productions : Dream Film

Distribution France : Cinéma Public Film

Vente à l’étranger : Gruppo Pasquino/Pasquino distribution

Interprètes : 

Marcello Mazzarella, Ignazio Hernandes, Veronica Guarrasi, Anna Rita Mazzara, Erri de Luca

Année : 2003
Durée : 1h 43
Pays de producion : Italie