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Roberto Rossellini, Jean-Luc Godard, Pier Paolo Pasolini, Ugo Gregoretti

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Le film est composé de quatre segments :

Pureté (Illibatezza), Roberto Rossellini

Une hôtesse de l’air, Anna Maria, rencontre, lors d’une escale à Bangkok, un jeune américain. Celui-ci voit en elle la femme de sa vie et leurs rencontres se multiplient… ce qui déplait au fiancé d’Anna Maria.

Le Nouveau Monde (Il mondo nuovo), Jean-Luc Godard

Une explosion atomique s’est produite au-dessus de Paris. La pollution et la contamination menacent la population… Les comportements se modifient et Jean perd l’amour d’Alexandra…

La ricotta, Pier Paolo Pasolini

Stracci a décroché un emploi de figurant : il interprète l’un des larrons crucifiés au côté du Christ. Et au terme d’une indigestion de fromage, il mourra sur la croix.

Le Poulet de grain (Il pollo ruspante), Ugo Gregoretti

Togni, victime d’une société qui pousse de manière de plus en plus agressive a la consommation, s’endette afin d’acquérir les produits dont lui et sa famille rêvent. Ebloui par des néons publicitaires, il finit par se tuer au volant de sa voiture alors que s’achève une conférence organisée par des compagnies commerciales.

 

Illibattezza (Virginité) est particulièrement significatif de l’art de Rossellini et de son évolution. Il est probable que Rossellini fut entre 1945 et 1960 le cinéaste, au moins en Europe, le plus important, quel qu’ait été le degré de réussite de chacun de ses films pris un a un. […] Ce modeste court métrage clôt avec un art discret mais réel la production si souvent bouleversante de celui qui fut le grand Rossellini, et même l’unique, comme le fut Godard après lui, phare d’une époque… Dans Illibattezza on voit encore la tendresse nimber la contemplation sereine de postures ridicules : il conduit ses comédiens à jouer des situations avec naturel là où les autres cinéastes italiens auraient donné du relief. Ici Rosanna Schiaffino et Bruce Balaban s’amusent en prenant garde de ne pas franchir les limites grâce auxquelles la crédibilité de l’histoire peut être maintenue. […] Rossellini […] suggère rapidement, comme s’il nous lisait le scénario, quelques scènes qu’il veut bien diriger parce qu’il croit encore à la valeur d’un contrat mais avec cette idée que si n’importe qui lui en proposait d’autres, il les dirigerait bien volontiers, pour autant que l’idée centrale y serait clairement lisible. Désormais l’idée seule importe. Pour ce qui est de l’investissement émotionnel, Pasolini donne, comme presque toujours, le maximum. La ricotta est un film parfait et qui dégage une vraie violence. Le trajet contrasté d’un metteur en scène glorieux qui fabrique sa version glacée et esthétisante de la Passion et d’un sous-prolétaire qui est poussé par la faim à se
gaver de ricotta au point de mourir sur la croix d’un des voleurs en plein tournage, ce double effet est signifié par une variété et une richesse d’effets qui relèvent a la fois d’une démarche poétique et d’une démarche critique. […] Dans La ricotta les thèmes centraux, notamment ceux de la croix et de la couronne, donnent lieu à un ensemble de figurations variées qui transgressent les sens habituels imposés par le conformisme chrétien. La plus scandaleuse réalité vient ici salir et donc stylistiquement régénérer une symbolique figée. L’interview du metteur en scène (Orson Welles) s’inscrit de manière ambigüe entre la première personne (Pasolini) et la troisième personne du metteur en scène, glorieux et routinier, de tableaux moins vivants que les multiples éléments triviaux qui les composent. […]La force des sens distribués dans ce film est moins d’origine cinématographique que d’origine poétique, ou plutôt c’est d’une révolte profonde contre le cinéma qu’elle relève, d’un geste sacrilège qui aujourd’hui encore fait mal. Le nouveau monde de Godard montre ceci : une femme se refuse à l’homme qui l’aime (et qu’elle aimait) après une explosion atomique au-dessus de Paris. Dans les rues, des gens pressés avalent des pilules. L’homme ne comprend plus et flippe. On reconnaît les cadrages de Godard, ça oui, sa manière de faire baisser la tête à une femme pour qu’on voie ses beaux cheveux, de lui faire tourner la tête d’un air indifférent pour que l’homme qui l’aime flippe définitivement. Le moins qu’on puisse dire est que la collusion entre l’explosion atomique et le changement affectif ne se fait pas. Ça a l’air fabriqué par un imitateur de Godard à qui on concéderait un soupçon d’élégance.

Jean-Claude BIETTE
Cahiers du cinéma n° 309, mars 1980

Roberto Rossellini, Jean-Luc Godard, Pier Paolo Pasolini, Ugo Gregoretti

BANDE ANNONCE

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FICHE TECHNIQUE

Réalisation : Roberto Rossellini, Jean-Luc Godard, Pier Paolo Pasolini, Ugo Gregoretti

Scénario : Roberto Rossellini, Jean-Luc Godard, Pier Paolo Pasolini, Ugo Gregoretti

Image :  Jean Rabier, Tonino Delli Colli

Montage : Nino Baragli

Musique : Carlo Rustichelli

Producteur (s) : Angelo Rizzoli, Alfredo Bini, Alberto Barsanti

Productions : Arco Film (1960), Cineriz di Angelo Rizzoli, Société Cinématographique Lyre

Distribution France : Carlotta Films

Vente à l’étranger : 

Interprètes : Rosanna Schiaffino, Bruce Balaban, Gianrico Tedeschi, Carlo Zappavigna, Maria Pia Schiaffino ; Jean Marc Bory, Alexandra Stewart ; Orson Welles, Mario Cipriani, Laura Betti, Ettore Garofolo, Lamberto Maggiorani, Tomas Milian ; Ugo Tognazzi, Lisa Gastoni, Ricky Tognazzi, Antonella Taito

Année : 1963
Durée : 2h 03
Pays de producion : Italie, France