Mon père, ce héros… ( ?)
- il y a 3 mois

En 2026, le Festival de Villerupt a souhaité, dans le cadre de sa rétrospective thématique, mettre en avant « Les pères » dans le cinéma italien, à travers une sélection d’une dizaine de films.
À travers un corpus allant de Ladri di biciclette (Le voleur de bicyclette, 1948) de Vittorio De Sica à Il tempo che ci vuole (Prima la vita, 2024) de Francesca Comencini, le cinéma italien donne à voir une transformation profonde de la figure paternelle. D’autorité structurante dans l’Italie d’après-guerre, le père dérive progressivement vers une figure fragile, déplacée, voire problématique, révélatrice des mutations sociales, économiques et culturelles du pays.
Indissociable de la question du travail et de la dignité sociale, dès l’après-guerre la figure patriarcale apparaît fissurée par la crise morale et familiale. Les décennies suivantes voient l’érosion du modèle autoritaire. Padre padrone de Paolo e Vittorio Taviani (1976) radicalise cette critique en représentant une autorité oppressive et archaïque. Le cinéma accompagne ici la contestation générationnelle et féministe qui remet en cause le patriarcat traditionnel, qui se traduit aussi par les referendums de 1974 et 1978 en faveur des lois sur le divorce et l’avortement.
À partir des années 1980 et du reflux qui marque la fin des années du tout politique, la figure paternelle prend aussi une dimension mémorielle et affective. Dans Nuovo Cinema Paradiso (Cinema Paradiso,1988) de Giuseppe Tornatore, la paternité se transmet par substitution symbolique. La vita è bella (La vie est belle, 1997) de Roberto Benigni propose une figure sacrificielle qui protège l’enfant par la fiction. Le père n’est plus uniquement détenteur de loi, il devient médiateur affectif.
Le tournant du XXIᵉ siècle accentue la vulnérabilité paternelle. La paternité devient une expérience fragile, négociée, plurielle, et ce malgré la montée du masculinisme, avec comme corollaire le nombre inquiétant des féminicides.
De 1948 à nos jours, le cinéma italien déplace donc la figure du père d’un pôle normatif et autoritaire vers une figure vulnérable et introspective. Cette évolution reflète les transformations de la société italienne, la fin du patriarcat incontesté, la mutation des structures familiales, l’individualisation des trajectoires. Le père n’est plus le garant d’un ordre, il devient un sujet en quête de sens, révélateur des tensions de son époque.



















