« J’aurais préféré mille fois qu’on me dise que mon film était si mauvais qu’il aurait été honteux de le distribuer. Mais non. Rien. Le silence. Il valait mieux le faire disparaître. Il était gênant, il risquait d’éveiller les consciences, il valait mieux l’ignorer, l’oublier. » Maurizio Zaccaro, réalisateur de Nour. Le film est présenté en Compétition cette année. Il est adapté des ouvrages de Pietro Bartolo, le médecin de Lampedusa. Une fillette de dix ans débarque au milieu d’autres clandestins, seule, perdue. Le médecin la prend sous son aile et met tout en oeuvre pour retrouver la trace de sa mère. Au milieu des cadavres amoncelés, des survivants hagards, cette simple histoire d’humanité est comme une lueur d’espoir. Et une dénonciation. « Lorsque les camps furent libérés les gens ont dit qu’ils ne savaient pas, nous ça faisait trente ans que nous savions. » raconte Pietro Bartolo.

« En tant que médecin, je détiens deux records : en 28 ans, j’ai eu 350 000 patients et j’ai constaté plus de décès que tous les médecins du monde réunis. » Rien ne prédisposait ce médecin de 63 ans à la célébrité, sinon d’exercer son métier à Lampedusa, ce pont jeté entre Afrique et Europe. Les migrants affluent, il est en première ligne face à la tragédie dont la Méditerranée est le théâtre. À Lampedusa les migrants sont une réalité concrète, une humanité souffrante, et non des chiffres abstraits manipulés par des techniciens cyniques de la realpolitik contemporaine. Pietro Bartolo agit et témoigne. Après Larmes de sel, son livre paru en français en 2017, on attend la traduction de Le stelle di Lampedusa (2018). Élu au parlement européen en 2019, il pourra y porter sa vérité.

Une rencontre avec Pietro Bartolo et Raphaël Pitti (anesthésiste réanimateur, spécialiste de médecine de guerre, auteur de Va où l’humanitaire te porte, Un médecin dans la guerre) est prévue le mardi 5 novembre au Rio, après la projection de Nour à 20h30.

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