Licia (Barbara Ronchi) vit avec ses deux fils, jeunes adultes, Luigi (Francesco Gheghi) et Alessandro (Marco Cicalese) et la sérénité de la famille est menacée par la réapparition de Franco (Francesco Di Leva), leur mari et père qui vient de sortir de prison. Après dix ans où il ne s’est pas manifesté, il voudrait regagner son foyer où il faisait régner un climat très violent. Alessandro, qui se souvient très bien des coups qui pleuvaient sur Licia, refuse de le voir et se dispute avec Luigi qui le rencontre à plusieurs reprises. C’est leur père, après tout ! Luigi est un peu à la dérive, il fréquente des jeunes néofascistes et manifeste un certain attrait pour la violence de ce milieu. Lorsque Franco vient reprendre ce qu’il considère sa place dans son foyer et ses vieilles habitudes, l’affrontement est latent…
« Familia est un mélodrame noir qui touche divers langages typiques du cinéma de genre : du thriller psychologique au cinéma d'horreur en passant par les films à thématique sociale. Cette contamination provient de mon désir d'expérimenter, d'impliquer le spectateur, d'aller en profondeur et de rendre universel mon récit. Le cinéma, en tant que moyen d'expérience, nous permet de connaître des microcosmes inaccessibles, de disséquer les émotions, d'ouvrir le récit à une complexité de visions et de pensée. Familia poursuit cet objectif : raconter l'histoire de la violence, en particulier de la violence psychologique, montrer les blessures profondes qui marquent à jamais l'enfance. »
Francesco Costabile, MIAC 2024, Catalogue« Après l’immense succès d’Il reste encore demain de Paola Cortellesi, le cinéma italien se penche une nouvelle fois sur le sujet des violences conjugales avec Familia, qui livre une représentation bien plus naturaliste. Ici, pas de scène de danse pour figurer les coups ou de musique entraînante pour contrebalancer la noirceur du propos, chez Francesco Costabile, la violence est livrée de manière crue.
Dès la scène d’introduction, le spectateur est plongé dans le climat étouffant de la famille Celeste. Deux petits garçons, Luigi et Alessandro, se cachent dans leur chambre, mains sur les oreilles, pour ne pas entendre la violente dispute entre leurs parents, Licia et Franco. La caméra porte une attention particulière à leurs regards avant de s’attarder sur celui de la mère, d’une puissance rare. Nous découvrirons cette histoire à travers leurs trois points de vue, et ces trois destins croisés sont autant de façons de vivre et de réagir face aux violences. Au silence de Licia (hypnotique Barbara Ronchi) s’oppose l’agressivité croissante de Luigi (Francesco Gheghi, récompensé du prix Orizzonti à la Mostra de Venise) et la force calme d’Alessandro (Marco Cicalese).
Bien que le récit s’ancre dans la sphère familiale, Francesco Costabile n’oublie pas de peindre la société italienne qui entoure ses personnages pour nourrir son récit (un mélange dont il avait déjà usé pour son premier long-métrage, Una femmina, qui liait secrets de famille et conflits avec la mafia de Calabre). Ainsi, il met en avant sa violence tonitruante (via les partis néofascistes) mais aussi sa violence sourde, celle des gens qui se taisent et des services de police impuissants car incompétents. Un alliage qui ne peut mener qu’à la tragédie. »
Enora Abry, sorocine.com, 23 avril 2025« Familia est un film âpre, qui ne fait aucune concession et ne cherche absolument pas à préserver le spectateur. On assiste, quasi impuissant, à l’explosion de la cellule familiale et l’incapacité de la mère à poser des limites à son ex-conjoint. Tous les travailleurs sociaux qui accompagnent des femmes battues connaissent ce processus irrésistible des victimes qui ne peuvent pas se départir de la manipulation de leur bourreau. En italien, le mot famille s’écrit FAMIGLIA. Francesco Costabile ampute volontairement une lettre du titre, comme pour marquer la pathologie de cette famille qui subit le harcèlement d’un homme sans limite, déterminé à imposer son ordre moral, indépendamment de toute loi et toute référence extérieure. Les petits sont privés d’inviter des amis aux fêtes d’anniversaire, personne ne pénètre le seuil de la porte, et les efforts désespérés de la mère à tenir son ex à l’écart d’elle et ses deux garçons se révèlent à chaque fois vains.
Le récit est construit en deux parties. La première pose les bases de la tragédie familiale à travers les deux petits garçons qui vont se retrouver placés dans un foyer, à défaut de trouver des solutions durables et sécurisantes pour la mère et ses fils. La seconde décrit le traumatisme qui hante, certes la mère, mais surtout le plus jeune des deux garçons, devenus adulte, qui cède à la violence de mouvements fascistes. Il n’est pas loin non plus de plonger dans la barbarie de la violence conjugale qui s’installe peu à peu vis-à-vis de sa jeune compagne. Le réalisateur opte pour une mise en scène froide, distante. Il évite tout esthétisme suranné, à l’exception de quelques plans fixes sur la porte-fenêtre derrière laquelle se déroule le drame. Il y a dans cette approche cinématographique quelque chose du geste de l’ethnologue. Le cinéaste observe la violence, l’insatiable attirance des victimes pour leur bourreau, et ce sans jamais juger ses personnages. »
Laurent Cambon, avoir-alire.com, 25 avril 2025
- RéalisationFrancesco Costabile
- ScénarioFrancesco Costabile, Vittorio Moroni, Adriano Chiarelli, adapté du roman de Luigi Celeste Non sarà sempre così
- ImageGiuseppe Maio
- MontageCristiano Travaglioli
- MusiqueValerio Vigliar
- Producteur (s)Attilio De Razza, Nicola Picone, Nicola Giuliano, Pierpaolo Verga
- ProductionsTramp Limited, Indigo Film, O’Groove, en collaboration avec Medusa Film
- Distribution FranceDamned Films
- Vente à l’étrangerTrue Colours – Glorious Films
- InterprètesFrancesco Gheghi, Barbara Ronchi, Francesco Di Leva, Marco Cicalese, Francesco De Lucia, Stefano Valentini, Tecla Insolia, Enrico Borrello, Giancarmine Ursillo, Carmelo Tedesco, Edoardo Paccapelo
- Année2024
- Durée120 min
- Pays de productionItalie


Avis des Festivaliers
Touchant ! Poignant !
De magnifiques interprétations montrant toute la difficulté de vivre dans un climat de peur et de manipulation. Très bien filmé, très réaliste,j’ai beaucoup aimé. Le film tient en haleine même si l’on entrevoit forcément l’issue libératoire.
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