Avec une filmographie de 160 titres, Mastroianni est l’acteur italien le plus célèbre dans le monde. Nous retenons de cet acteur incomparable, sa simplicité, sa façon d’exercer son métier comme un artisan soucieux du « bien faire » et son regard qui conservait sa capacité d’émerveillement. Il est le seul acteur européen ayant obtenu deux prix d’interprétation (170 et 1987) au festival de Cannes.
Faire un portrait de cet acteur avec un assemblage d’archives audiovisuelles méconnues, agrémentés d’extraits de films, d’ambiances de tournages, et de voix additionnelles est une aubaine. Le cinéaste, Bertrand Blier, est le fil rouge de ce documentaire, évoquant son admiration profonde pour l’acteur qu’il considère comme le meilleur de sa génération.
« Les mots sont des mots, ce qui compte ce sont les états d'âme du personnage... Ce n'est pas une technique, c'est mon système ». Marcello se dévoile incarné et léger à travers des extraits de films et interviews d'époque. Une "euphorie mélancolique" parcourt sa carrière, les femmes de sa vie le racontent, aussi.« Il entre dans le décor et c’est l’histoire du cinéma qui entre. » Les dernières minutes du documentaire sont terriblement émouvantes quand Bertrand Blier, fatigué, parle de Mastroianni qu’il a filmé dans Un, deux, trois, soleil. Pour une fois, tous les commentaires élogieux ne font pas de ce portrait une hagiographie agaçante. Car dans les extraits qui laissent largement la parole à l’acteur, il est d’une sincérité et d’une gentillesse désarmantes ! Il se moque des acteurs cérébraux, insiste sur son besoin de rester superficiel. Définir son travail ? Il se sent comme « un bouffon, un charlatan, un travesti » et même « une pute, et la pute ne refuse rien, elle est toujours prête » ! Autre moment d’anthologie : quand Michel Piccoli se moque de son partenaire : « Il se prend pour Clark Gable. Il a fait carrière par les femmes… et Fellini ! » C’est avec le Maestro que Mastroianni est né : depuis La dolce vita (1960), le personnage de latin lover lui a collé à la peau. C’est une femme, Nadine Trintignant, sur le tournage de Ça n’arrive qu’aux autres, qui en donne la définition la plus juste : « Mastroianni dégage de la tendresse désespérée avec humour. »
Anne Dessuant, Télérama, 13 mai 2020
- RéalisationEmmanuel Barnault
- ScénarioEmmanuel Barnault
- MontageDavid Pujol
- MusiqueArnaud Guillemant
- Producteur (s)Amandine Collinet
- ProductionsINA - Institut National de l'Audiovisuel, avec la participation du CNC et de Ciné+
- Distribution FranceINA Distribution
- Année2019
- Durée51 min
- Pays de productionFrance
- FormatDocumentaire
