LE NOTTI BIANCHE
NUITS BLANCHESMario (Marcello Mastroianni) s’est installé dans une pension à Livourne où il vient d’arriver pour un nouveau travail. Une nuit, en flânant, sur un pont enjambant un canal, il rencontre Natalia (Maria Shell), une jeune fille en larmes. Ils se revoient quelques nuits de suite et son comportement étrange fascine Mario. Elle vit seule avec sa grand-mère presque aveugle, elles subsistent en réparant des tapis et en louant une chambre de leur maison. Elle lui confie qu’elle est tombée amoureuse d'un locataire (Jean Marais) qui avant de partir, lui a promis de la retrouver un an plus tard auprès de ce même canal où ils s'étaient dit adieu. L'année vient de s'écouler, et tous les soirs elle l'attend anxieusement. Mario essaie de la persuader qu’elle ne reverra jamais son inconnu, il tente de la convaincre de ne pas vivre d'illusions et de vains espoirs et espère se substituer à lui.
« Pour qui a vu Nuits blanches, le noir et blanc passe alors pour une évidence, un choix esthétique réfléchi et affirmé (comme ce sera le cas pour Rocco…) d’autant que Visconti s’était déjà confronté à la couleur dans le flamboyant Senso. Or on apprend qu’il n’en est rien et que Visconti s’est "accommodé" du noir et blanc avant tout pour des raisons économiques. En effet, le film financé par la société de production de Visconti, Suso Cecchi D’Amico et Marcello Mastroianni a été tourné avec très peu de moyens. Le but avoué était pour Visconti de prouver qu’il pouvait se contenter d’un budget modeste et pour Mastroianni de dynamiser sa carrière, lui qui, jusque-là se trouvait trop souvent cantonné aux rôles de "chauffeurs de taxi" [ NDLR : référence au film d'Alessandro Blasetti Dommage que tu sois une canaille (1955) avec Sophia Loren et Vittorio De Sica ]. Et pourtant, la photo, confiée au chef opérateur Giuseppe Rotunno, n’est pas sans rappeler les grandes heures de l’expressionnisme allemand ou du réalisme poétique français. […]. Les lumières de la ville (réverbères, enseignes aux néons, phares éblouissants des voitures) se poétisent et passent par le filtre des effets spéciaux naturels que sont la pluie, le vent, la brume (Rotunno a utilisé de grands morceaux de tulle pour créer cet aspect vaporeux) ou encore la neige. En mettant dans l’ombre les passants ou en délimitant l’espace, les lumières créent également l’espace de jeu pour Mario et Natalia, la scène sur laquelle ils vivent leur improbable histoire, hors du monde et hors du temps. »
Nicolas Maille, critikat, 22 décembre 2009« Luchino Visconti se démarque à la fois du néoréalisme de ses débuts et des fastes colorés de son film précédent, Senso. Il revient ici au noir et blanc (superbe photographie de Giuseppe Rotunno) et recrée entièrement en studio un quartier de Livourne avec ses ruelles et ses canaux. Cela donne une atmosphère irréelle au film, une sensation d’être hors du temps, impression amplifiée par le fait que toutes les scènes sont nocturnes, aucun plan ne montre les personnages dans leur vie diurne, et aussi par la présence de Jean Marais qui nous évoque Cocteau. Maria Schell fait une belle interprétation, tourmentée, oscillant entre la joie et le désespoir, presque dévote dans son amour désincarné et Mastroianni montre comme toujours beaucoup de présence, de tendresse et de richesse dans son jeu. Les nuits blanches a parfois été considéré comme mineur dans la filmographie de Visconti. Assez injustement. »
L'Oeil sur l'écran, 9 mai 2011
- RéalisationLuchino Visconti
- ScénarioSuso Cecchi D'Amico, Luchino Visconti, d'après la nouvelle de Fiodor Dostoïevski
- ImageGiuseppe Rotunno
- MontageMario Serandrei
- MusiqueNino Rota
- Producteur (s)Franco Cristaldi
- ProductionsVides Cinematografica, CI.AS. - Cinematografica Associati, Intermondia Films
- Distribution FranceCarlotta Films
- InterprètesMarcello Mastroianni, Maria Schell, Jean Marais, Clara Calamai, Marcella Rovena, Maria Zanoli, Elena Fancera, Corrado Pani, Dirk Sanders
- Année1957
- Durée100 min
- Pays de productionItalie, France
- Citation« Je dois y retourner. J’attends quelqu’un. »

