1911. Gustav von Aschenbach (Dirk Bogarde), compositeur et chef d’orchestre allemand d’une cinquantaine d’années, est en voyage à Venise pour se reposer. Dans le salon du Grand Hôtel des Bains du Lido, il observe nonchalamment les visiteurs, quand son regard se pose sur une famille polonaise composée de la mère (Silvana Mangano), de trois filles, d'une gouvernante (Nora Ricci) et d'un beau garçon de quatorze ans, Tadzio (Björn Andresen). L'air lourd et le sirocco commencent à le déprimer, il est envahi par les souvenirs, et surtout il s'éprend de Tadzio. Durant des jours il ne cesse de croiser l'adolescent sans oser lui parler. Obsédé par l’image de Tazio il décide de rentrer à Munich. Il s'attarde cependant au petit-déjeuner dans l'espoir de voir apparaître le jeune homme dans la salle à manger. Lorsqu'il apprend à la gare que ses bagages ont été envoyés à Côme par erreur, il est heureux de devoir renoncer à partir et de pouvoir prolonger son séjour avec la présence du jeune homme. Mais une épidémie de choléra éclate soudainement dans la lagune. Tenue sous silence par les autorités, de peur de compromettre le tourisme, elle fait pourtant de nombreuses victimes. Aschenbach est également infecté et meurt sur la plage, avec un dernier regard vers Tadzio au bord de l’eau.
« Mort à Venise, qu’il réalise à 65 ans, est le deuxième opus de la tétralogie allemande imaginée par le cinéaste (entre Les Damnés et Ludwig) et qu’il ne parviendra pas à achever. Le personnage de Gustav von Aschenbach, écrivain dans la nouvelle, est devenu compositeur dans le film, comme une synthèse de l’auteur Mann et du musicien Mahler. Épris d’art pur et maîtrisé, Aschenbach est un être tourmenté sans concession dans ses compositions ce qui lui vaut parfois les foudres du public. Autour de lui Visconti fait revivre un monde figé et finissant dans l’insouciance des drames à venir. Le souci du détail, de la justesse dans les costumes et les décors évoquant souvent des tableaux impressionnistes pourrait s’apparenter à une nouvelle forme de réalisme. Il y a du Proust dans ces personnages bienséants et respectables. De très longs panoramiques balaient les salons de l’Hôtel et la délicatesse des lieux est immédiatement figurée dans une ode aux sens : les senteurs qu’on imagine se dégager de magnifiques bouquets, la douceur des étoffes aux couleurs chatoyantes, les mets raffinés, le lyrisme de la musique… Franco Mannino a conçu la bande originale du film autour du splendide Adagietto de la "Symphonie n° 5" de Gustav Mahler et indéniablement l’omniprésence du thème ajoute à l’émotion. »
lecinematographe.com« Mort à Venise est d’abord un film esthétiquement et cinématographiquement parfait. La reconstitution extrêmement soignée, comme d’habitude chez Visconti, donne l’impression qu’il a été tourné avant la guerre de 1914. Les amples mouvements de caméra, jamais gratuits, viennent accompagner sur un tempo lent le déroulement de l’histoire, uniquement centrée dans les pensées de von Aschenbach, incarné par un Dirk Bogarde exemplaire. Bien sûr, la musique de Mahler ajoute à l’envoûtement procuré par cette tranche de vie et de mort suffocante et fascinante.
Mais ce film n’est pas qu’un tableau sublime. Comme pour Le guépard, Visconti a insufflé dans cette œuvre de fin de vie ses propres obsessions, ses interrogations fondamentales d’homme et d’artiste. L’amour, la vieillesse et la mort sont au centre de ses préoccupations. Et, corollairement, sa fascination pour la jeunesse. Ainsi, son von Aschenbach vieillissant sera foudroyé par l’apparition d’un adolescent blond. Il n’y aurait donc pas que l’art pour produire de la beauté ? Stupéfait de cette révélation et plongé dans un trouble sans nom, le compositeur, cherchant à lutter contre le temps, se fera maquiller, teindre les cheveux. Mais le sablier pourtant s’écoule et même s’emballe. Poursuite et évitements aboutiront à la logique attendue. L’ange de la Beauté est aussi, tendre et souriant, l’ange de la Mort... »
Marianne Spozio, avoir-alire.com, 2 décembre 2024
- RéalisationLuchino Visconti
- ScénarioLuchino Visconti, Nicola Badalucco d'après le roman de Thomas Mann
- ImagePasqualino De Santis
- MontageRuggero Mastroianni
- MusiqueGustave Mahler (3e et 5e symphonies)
- Producteur (s)Luchino Visconti, Mario Gallo, Robert Gordon Edwards
- ProductionsAlfa Cinematografica, Production Éditions Cinématographiques Françaises
- Distribution FranceWarner Bros. France
- InterprètesDirk Bogarde, Silvana Mangano, Björn Andresen, Romolo Valli, Mark Burns, Nora Ricci, Marisa Berenson, Carole André, Leslie French, Franco Fabrizi
- Année1971
- Durée131 min
- Pays de productionItalie, FRance
- Citation« Rien au monde n'est si impur que l'impureté de la vieillesse »

