RAPITO

RAPITO

L’ENLÈVEMENT

Marco Bellocchio

    • Bologne, 1858, Les soldats du Pape, envoyés par Monseigneur Feletti (Fabrizio Gifuni), commissaire de l’Inquisition, font irruption dans une maison du quartier juif. Edgardo (Enea Sala), l’un des enfants de la famille juive Mortara aurait été baptisé selon le rite catholique. Il est donc enlevé de force à ses parents. Avant qu’il ne parte, son père Salomone (Fausto Russo Alesi) lui rappelle de ne jamais oublier de réciter le shema tous les soirs. Edgardo est emmené secrètement au Vatican auprès du Pape Pie IX (Paolo Pierobon). Sa conversion forcée commence avec ce voyage de Bologne à Rome en passant par Senigallia, la ville natale du Pape. Lorsqu’il arrive dans son dortoir au Vatican, il comprend qu’il n’est pas le seul dans ce cas, la conversion est systémique. Salomone, meurtri, essaie par tous les moyens de récupérer son fils. L’affaire Edgardo Mortara fait grand bruit dans toute l’Europe, ce qui malheureusement ne l’aide pas dans sa quête. Et les années passent, le 28 septembre 1970 l’Armée entre dans Rome, mais pour Salomone il est trop tard.

      « L’enlèvement du petit Edgardo symbolise donc la volonté désespérée, ultraviolente, d’un pouvoir déclinant qui essaie de résister à son propre effondrement, en contrattaquant. Les régimes totalitaires ont souvent de tels soubresauts qui leur donnent, pour un temps seulement, l’illusion de la victoire (un bref spasme avant la mort). Au-delà de l’extrême violence de cet acte, je voulais raconter le désarroi du petit Edgardo, sa douleur après la séparation forcée, mais aussi ses efforts pour chercher à concilier la volonté de son deuxième père, le pape, avec celle de ses parents qui cherchent à tout prix à le faire revenir parmi eux. … Toute sa vie, Edgardo a tenté une réconciliation impossible, il n’a jamais renié ses parents, ses origines, sans toutefois se résoudre au fait que sa mère reste juive jusqu’à la mort. Mais il n’est jamais devenu le jouet de la papauté et cette conversion, qu’il a pourtant revendiquée avec ténacité, ne sera pas exempte de rébellions inattendues, plus ou moins conscientes, comme en témoignent ses souffrances et les maladies répétées qui l’ont contraint à garder le lit pendant de longues périodes. Il a payé dans sa chair cette adhésion à la foi catholique jamais remise en question. »
      Marco Bellocchio, Dossier de presse

      « En reconstituant l’histoire d’un enfant juif enlevé par l’Église catholique, le cinéaste italien signe une œuvre politique libre et forte.
      Dans un geste très clairement anticlérical, Bellocchio décrit aussi la perte de pouvoir du Vatican et du pape Pie IX, que l’unification italienne en devenir va mettre à mal. L’affaire Mortara, célèbre en Italie, contribuera à décrédibiliser une Église qui a encore, à l’époque, un grand inquisiteur.
      Depuis toujours, Bellocchio insère des visions poétiques ou métaphoriques (qui parfois lui sont inspirées directement par des témoignages). Dans une scène hallucinante, quasiment érotique, Edgardo rêve qu’il s’approche d’une statue du Christ en croix, qu’il lui retire les clous des mains et des pieds, qu’il le “décrucifie” en somme et que Jésus, libéré, descend de sa croix. Rêve de libérer l’homme qui souffre, mais aussi le Juif maltraité, de réconcilier deux religions dont l’une est fille de l’autre, d’en finir avec l’antijudaïsme primaire qui est encore celui de l’Église catholique du XIXe siècle, selon laquelle ce sont les Juifs qui ont tué Jésus.
      On est frappé par la précision de la reconstitution, par la somme de détails réels qui permettent ensuite à Bellocchio de tisser un récit, de laisser à l’occasion courir son imagination. Par sa liberté. Car s’il filme depuis longtemps l’enfermement, Bellocchio a toujours œuvré pour la liberté. »
      Jean-Baptiste Morain, Les Inrockuptibles, 28 octobre 2023

    • Réalisation
      Marco Bellocchio
    • Scénario
      Marco Bellocchio, Susanna Nicchiarelli, en collaboration avec Edoardo Albinati, Daniela Ceselli, librement inspiré de Il caso Mortara, de Daniele Scalise
    • Image
      Francesco di Giacomo
    • Montage
      Francesca Calvelli, Stefano Mariotti
    • Musique
      Fabio Massimo Capogrosso
    • Producteur (s)
      Beppe Caschetto, Simone Gattoni
    • Productions
      BC Movie, Kavac, Ad Vitam, Rai Cinema, Ad Vitam, Match Factory Productions, avec la participation de Canal+, Ciné+, Bayerischer Rundfunk, Arte, avec la contribution du Ministero della Cultura et le soutien d’Emilia-Romagna Film Commission et de Région Ile-de-France
    • Distribution France
      Ad Vitam
    • Interprètes
      Paolo Pierobon, Fausto Russo Alesi, Enea Sala, Barbara Ronchi, Filippo Timi, Fabrizio Gifuni, Andrea Gherpelli, Samuele Teneggi, Corrado Invernizzi, Paolo Calabresi, Leonardo Maltese, Federica Fracassi
    • Année
      2023
    • Durée
      125 min
    • Pays de production
      Italie, France, Allemagne
    • Citation
      « Votre fils n’est plus juif, madame, il est chrétien. »
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