LA PECORA NERA

LA PECORA NERA

0h 1min
2021
Story of LA PECORA NERA
LA PECORA NERA Il faut se méfier de ceux qui inventent des histoires. À la fin des années 60, Nicola, dix ans, est marqué par une lourde hérédité. Sa mère, folle, est morte à l’asile. C’est un enfant très imaginatif. À partir des mythes de l’époque (les martiens, la télépathie…) il se construit un monde à lui où tout est possible et il le raconte. Aussi lorsqu’il voit ce qu’il n’aurait pas dû voir, on attribue cela à une affabulation et à son tour on le conduit à l’asile « en observation ». Trente ans après, il y est encore, avec un statut étrange : malade ? auxiliaire ? factotum ? Son occupation principale consiste à accompagner une religieuse au supermarché. Elle attend à l’entrée en égrenant son chapelet, pendant qu’il empile dans le caddie ce qu’elle a marqué sur la liste. Dans le supermarché chaque chose est à sa place et de retour à « l’institut », Nicola essaye de reproduire ce monde parfait où tout est rangé. Quand c’est bien rangé on retrouve tout facilement. Il aimerait inculquer ce principe de base au compagnon qui partage sa chambre et qui l’accompagne au supermarché, un « dérangé » plein d’obsessions.   Il faut toutefois s'arrêter sur La Pecora nera (La Brebis galeuse), d'Ascanio Celestini, premier des quatre films italiens concourant pour le Lion d'or à être montré, et qui est aussi le seul premier film de cette compétition. L'honneur est mérité. Celestini y interprète le rôle principal, celui d'un fou, Nicola, enfermé depuis son enfance dans une institution psychiatrique tenue par des religieuses. Narré par la voix off de Nicola, le film se partage entre les souvenirs d'une enfance paysanne meurtrie par l'absence d'une mère atteinte de folie, le compagnonnage schizophrénique avec un obsédé sexuel qui n'est autre que la projection de lui-même (interprété par un autre acteur), et la tentative pathétique de reconquête d'un amour d'enfance devenue démonstratrice dans un supermarché. Ce film insolite, à la douceur empoisonnée et au chromatisme contrasté, nous fait en un mot pénétrer dans le cerveau d'un fou, voir le monde transfiguré par ses yeux, réfléchir à la violence sociale que révèle sa supposée faiblesse. Gouvernée par la logique et le langage d'un esprit aliéné, cette chronique intime de l'enfermement évoque fortement ce chef-d'oeuvre du genre qu'est Le Journal d'un fou, de Nicolas Gogol. Mais elle tient aussi lieu de métaphore d'un certain état de l'Italie, livrée au détonant cocktail du consumérisme effréné, de l'érotisation délirante et de la piété religieuse. Jacques MANDELBAUM, Le Monde, 3 septembre 2010
    • LA PECORA NERA

      Il faut se méfier de ceux qui inventent des histoires. À la fin des années 60, Nicola, dix ans, est marqué par une lourde hérédité. Sa mère, folle, est morte à l’asile. C’est un enfant très imaginatif. À partir des mythes de l’époque (les martiens, la télépathie…) il se construit un monde à lui où tout est possible et il le raconte. Aussi lorsqu’il voit ce qu’il n’aurait pas dû voir, on attribue cela à une affabulation et à son tour on le conduit à l’asile « en observation ». Trente ans après, il y est encore, avec un statut étrange : malade ? auxiliaire ? factotum ? Son occupation principale consiste à accompagner une religieuse au supermarché. Elle attend à l’entrée en égrenant son chapelet, pendant qu’il empile dans le caddie ce qu’elle a marqué sur la liste. Dans le supermarché chaque chose est à sa place et de retour à « l’institut », Nicola essaye de reproduire ce monde parfait où tout est rangé. Quand c’est bien rangé on retrouve tout facilement. Il aimerait inculquer ce principe de base au compagnon qui partage sa chambre et qui l’accompagne au supermarché, un « dérangé » plein d’obsessions.

       

      Il faut toutefois s'arrêter sur La Pecora nera (La Brebis galeuse), d'Ascanio Celestini, premier des quatre films italiens concourant pour le Lion d'or à être montré, et qui est aussi le seul premier film de cette compétition. L'honneur est mérité. Celestini y interprète le rôle principal, celui d'un fou, Nicola, enfermé depuis son enfance dans une institution psychiatrique tenue par des religieuses.
      Narré par la voix off de Nicola, le film se partage entre les souvenirs d'une enfance paysanne meurtrie par l'absence d'une mère atteinte de folie, le compagnonnage schizophrénique avec un obsédé sexuel qui n'est autre que la projection de lui-même (interprété par un autre acteur), et la tentative pathétique de reconquête d'un amour d'enfance devenue démonstratrice dans un supermarché.
      Ce film insolite, à la douceur empoisonnée et au chromatisme contrasté, nous fait en un mot pénétrer dans le cerveau d'un fou, voir le monde transfiguré par ses yeux, réfléchir à la violence sociale que révèle sa supposée faiblesse. Gouvernée par la logique et le langage d'un esprit aliéné, cette chronique intime de l'enfermement évoque fortement ce chef-d'oeuvre du genre qu'est Le Journal d'un fou, de Nicolas Gogol. Mais elle tient aussi lieu de métaphore d'un certain état de l'Italie, livrée au détonant cocktail du consumérisme effréné, de l'érotisation délirante et de la piété religieuse.

      Jacques MANDELBAUM, Le Monde, 3 septembre 2010

    • Réalisation
      Ascanio Celestini
    • Scénario
      Ascanio Celestini, Ugo Chiti, Wilma Labate d’après la nouvelle éponyme d’Ascanio Celestini
    • Image
      Daniele Ciprì
    • Montage
      Giogiò Franchini
    • Musique
      Maurizio Argentieri
    • Producteur (s)
      Alessandra Acciai, Carlo Macchitella, Giorgio Magliulo
    • Productions
      Madeleine, Rai Cinema
    • Distribution France
      Bellissima Films
    • Interprètes
      Ascanio Celestini, Giorgio Tirabassi, Maya Sansa, Luisa De Santis, Nicola Rignanese, Barbara Valmorin, Luigi Fedele, Waldy Galdieri, Teresa Saponangelo
    • Année
      2009
    • Durée
      1h 33
    • Pays de production
      Italie
    • Citation
      "Il faut se méfier de ceux qui inventent des histoires."
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