Story of L’AVVENTURA
L'AVVENTURA
Anna (Lea Massari), jeune mondaine romaine fille d'un ambassadeur à la retraite est fiancée à Sandro (Gabriele Ferzetti), un jeune architecte. Sandro, Anna et sa meilleure amie Claudia (Monica Vitti) sont invités à une croisière sur le yacht d'un riche promoteur immobilier. La croisière se déroule dans les îles Éoliennes, au milieu de paysages maritimes enchanteurs, que les invités semblent ignorer. Alors qu’ils débarquent sur un îlot rocheux une violente dispute éclate entre Anna et Sandro. Soudain une tempête se lève; tous se précipitent vers le bateau mais s'aperçoivent qu'Anna a disparu. Alors que le yacht doit partir, Sandro et Claudia restent pour rechercher Anna. Débute entre eux une histoire d’amour marquée par la brutalité du vide laissé par la disparition d’Anna…
Souvent explicitées par son auteur, les intentions, de L’Avventura ne sont plus obscures. Antonioni pose qu’il y a divorce entre la science et la morale. La science est en évolution constante et «l’homme est prêt à se débarrasser de ses connaissances techniques ou scientifiques, quand elles s’avèrent fausses » ; par contre, l’homme est dès sa naissance alourdi, entravé, embarrassé par un héritage moral et sentimental qu’il respecte à tort. « II agit, il aime, il hait, il souffre, poussé par des forces et des mythes moraux qui appartenaient à l’époque d’Homère, ce qui est une absurdité de nos temps, à la veille des voyages dans la lune. »
Partant de là, Antonioni se défend d’avoir voulu faire oeuvre de moraliste; simplement il a raconté une histoire, mais dont le substratum est indispensable à la compréhension. C’est pourquoi il a raison de dire qu’il ne faut pas y voir « la naissance d’un sentiment trompeur, mais le mode par lequel on peut se tromper dans les sentiments ». […]
En ce qui concerne la forme et le style, il ne suffit pas de dire que L’Avventura a la plus belle photo en noir et blanc qu’on ait vue sur un écran (Scavarda est devenu comme Tissé pour Eisenstein), que les quelques éclairs de musique de Fusco ponctuent à la perfection une bande-son très étudiée, et que le « matériau » acteur (« je considère les acteurs comme un matériau au sens le plus total du mot »), Monica Vitti, Lea Massari et Ferzetti, est sans faille. Le mystère qui fait de ce film un des plus importants de l’après-guerre est ailleurs. Il s’agit, bien entendu, de la mise en scène, mais nommer le mystère n’est pas l’éclaircir. […]
Mettre en scène, c’est organiser le temps et l’espace. Le génie d’Antonioni, c’est de n’avoir pas posé des personnages devant un décor, mais d’avoir fait en sorte que l’instabilité et le mystère des sentiments (son sujet) soient exprimés d’abord par le temps et l’espace, avant de résulter de l’action et de ce que disent et font les héros.
Jacques DONIOL-VALCROZE, « Le facteur rhésus et le nouveau cinéma »
Les cahiers du Cinéma, n°113 Novembre 1961L’Avventura est le film qui voit naître le cinéaste de L’Éclipse (1962), de Blow Up (1966), de Zabriskie Point (1970) ou d’Identification d’une femme (1982). C’est le film d’une renaissance, un manifeste esthétique et politique en germe depuis Le Cri (1957) mais jamais exprimé avec autant d’assurance et de netteté. Un cinéaste s’invente, avec un corps de femme : L’Avventura fait apparaître Monica Vitti, comme une évidence. Elle traverse le cadre, au détour d’un plan, dans le dos de celle (Anna) que l’on pense encore être la maîtresse du film. Elle passe. Et puis elle reste. Lorsqu’Antonioni lui fait porter la chemise d’Anna dans le yacht au début du film, il signifie ceci : Monica Vitti se substitue aux héroïnes classiques, elle prend le relais. Désormais elle traversera les films comme une absence, comme une question laissée en suspens. Sur les grandes places vides, une histoire s’écrit malgré tout : dans le chaos du monde, Sandro et Claudia tâtonneront ensemble.
Alexandre Piletitch, Revus & Corrigés, n°8 automne 2020.
- RéalisationMichelangelo Antonioni
- ScénarioMichelangelo Antonioni, Tonino Guerra, Elio Bartolini
- ImageAldo Scavarda, Luigi Kuveiller
- MontageEraldo Da Roma
- MusiqueGiovanni Fusco
- ProductionsCino Del Duca et Société Cinématographique Lyre
- Distribution FranceAction Cinémas / Théâtre du Temple
- InterprètesGabriele Ferzetti, Monica Vitti, Lea Massari , Dominique Blanchar, Renzo Ricci, James Addams , Dorothy De Poliolo, Lelio Luttazzi , Giovanni Petrucci , Esmeralda Ruspoli, Jack O’Connell
- Année1960
- Durée2h 17
- Pays de productionItalie, France
- FormatVOST
- CitationIl y a quelques jours, à l'idée qu’Anna était morte, je me sentais mourir moi aussi. Maintenant, je ne pleure même plus. J'ai peur qu'elle soit en vie.

