Doriano (Pierpaolo Capovilla) et Carlobianchi (Sergio Romano), deux quinquagénaires désargentés, n’ont plus que l’alcool dans leur vie depuis que, des années auparavant, leur patron, le Cavalier Fadìga (Roberto Citran), a fermé l’usine de lunettes où ils travaillaient. Ils traînent de cuite en cuite dans la plaine de Vénétie, florissante avant que les délocalisations se généralisent. Ils attendent le retour de leur ami Genio qui avait fui en Argentine. C’est lui qui sait où est caché leur trésor de guerre, produit des "prélèvements" qu’ils effectuaient sur ce qu’ils produisaient, du temps où ils travaillaient. En attendant ils traînent et boivent. Ils croisent une fête d’étudiants et font la connaissance de Giulio qu’ils entraînent avec eux dans leur virée vers l’aéroport, car Genio arrive, et avec lui l’espoir.
« Il y a six ans, lorsque j'ai commencé à parcourir la plaine de Vénétie, je ne savais pas encore ce que je cherchais. Tout comme un photographe qui prend des centaines de clichés pour n'en retenir qu'une dizaine, j'ai collectionné des centaines de petites scènes, des bribes de conversations entendues dans les bars, dans le train, dans le bus, sur des places désormais désertes. Pendant des années, j'ai tout noté. De la Vénétie rurale il ne reste pratiquement plus rien. Dans les campagnes il y a comme une atmosphère de solitude urbaine. C'est la principale impression que j'ai voulue transmettre dans mon film : une campagne qui n'est plus une campagne mais qui n'est pas devenue une ville. Nous voulions explorer l'âme d'une région devenue un immense cimetière ; tout ce qui n'a pas trait à la production de marchandises est en train de disparaître, les écosystèmes sont pollués, les vieilles maisons sont abandonnées ou détruites au profit d'un habitat sans caractère. La civilisation paysanne appartenait à un lieu, elle était l'émanation même de la terre. Une forme de vie qui a imprégné ces espaces pendant de longs siècles a désormais disparu. On peut dire que j'ai tourné le film dans les ruines de cette Vénétie-là. »
Francesco Sossai, Dossier de presse« Dans une Vénétie bétonnée et mélancolique, deux quinquas qui errent de bar en bar à la recherche du dernier verre, voient leur quotidien bouleversé par leur rencontre avec un jeune étudiant en architecture. Le réalisateur Francesco Sossai signe ici une ode poétique aux marginaux, doublée d’une critique amère de l’Italie contemporaine.
Que font-ils, ces deux-là ? Et où vivent-ils, d’ailleurs ? C’est comme s’ils n’étaient que deux au monde : pas de femme, pas d’enfant ni de famille, et des amis dont ils ont depuis longtemps perdu la trace. Dans une Vénétie envahie par la laideur, le béton et les lumières glauques, Carlobianchi et Doriano déambulent et, une fois le dernier verre englouti, sautent dans leur bagnole. Comme le dit merveilleusement Carlobianchi, "la quête du dernier verre ne s’arrête jamais, parce que c’est au-delà de la soif" . Ce graal leur permet de s’étourdir, de vivre dans un monde parallèle où l’amitié n’aurait pas disparu, où les auberges qui les accueillaient autrefois pour refaire le monde n’auraient pas fermé. Un jour, le duo devient trio : un étudiant en architecture, en plein chagrin d’amour, entre dans leur bulle. Les deux compères se font mentors, agissant en pères avisés. »
Anne-Sophie Mercier, lecanardenchaine.fr, 8 avril 2026« Francesco Sossai met en scène l’errance éthylique d’un trio dans une Vénétie morne plaine. Un bijou de drôlerie et de mélancolie.
La nuit, tous les chats sont gris. Les hommes aussi. Carlobianchi et Doriano, la cinquantaine bien tapée, en tiennent une bonne. Ils cuvent dans leur voiture. Une Jaguar. Ils ont fait la tournée des bars. Ils boiraient volontiers à Venise un dernier verre pour la route. Ils ont une théorie sur le dernier verre : il ne rend pas ivre. Disons d’emblée que les deux acteurs sont géniaux. Carlobianchi est joué par Sergio Romano, comédien de théâtre réputé. Sous sa moustache rugueuse, un charme fou. Le musicien Pierpaolo Capovilla donne à Doriano un air de vieux rocker, raccord avec la bande-son - les guitares sont fatiguées. Avec ces deux larrons, on irait au bout de la nuit. Ça tombe bien, ils ont de la cuite dans les idées. »
Etienne Sorin, lefigaro.fr, 7 avril 2026
- RéalisationFrancesco Sossai
- ScénarioFrancesco Sossai, Adriano Candiago
- ImageMassimiliano Kuveiller
- MontagePaolo Cottignola
- MusiqueKrano
- Producteur (s)Marta Donzelli, Gregorio Paonessa, Philipp Kreuzer, Cecilia Trautvetter
- ProductionsVivo film, Rai Cinema, Maze pictures, avec les contributions de Regione del Veneto, Filmförderungsanstalt, Die Beauftragte der Bundesregierung für Kultur und Medien, le soutien du MiC, Eurimages, veneto Film Commission
- Distribution FranceNew Story
- InterprètesFilippo Scotti, Sergio Romano, Pierpaolo Capovilla, Roberto Citran, Andrea Pennacchi
- Année2025
- Durée100 min
- Pays de productionItalie/Allemagne
- Citation« C’est quoi cette bibine ! Mademoiselle, s’il vous plaît ! Cette bière a une saveur bizarre. – C’est une bière sans alcool. – Hein ?! »

