La Giudecca est la grande île de l’autre côté du Canal Grande, en face de Saint-Marc, comme pour rappeler aux touristes du monde entier qu’il y a aussi à Venise une autre réalité, celle de quartiers populaires où vivent des gens qui travaillent comme par le passé. C’est le cas de Pietro (Paolo Pierobon) qui habite dans la vielle maison familiale et qui continue la tradition de la pêche au crabe dans des lieux tranquilles lagune. De loin, il regarde les énormes bateaux de croisière. Ce sont ces grands bateaux qui inspirent tout à fait différemment son frère Alvise (Andrea Pennacchi). Il vit sur le continent et voudrait que Pietro lui cède sa part de la maison pour pouvoir la transformer en un B&B de charme pour touristes fortunés. Pietro n'a pas la faconde de son frère, mais il reste tenacement attaché à son île, à la maison et à son mode de vie.
« Sur la question des racines et des traditions, il y a une grande ambiguïté dont beaucoup profitent. Sous prétexte de défendre les traditions, on collabore souvent à la muséification des villes. Sous prétexte de devoir sauvegarder la maison du vieux pêcheur, on aboutit à la contradiction du Patrimoine de l'Unesco, c'est-à-dire qu'on sauve un patrimoine, mais en même temps on le vide parce qu'on en fait un objet de consommation. Il ne s'agit pas de sauver la tradition mais de sauver la maison et de faire en sorte que des non-vénitiens, un Africain par exemple, puissent y vivre en faisant le même travail que Pietro. Ce qui importe, c'est qu'il soit possible d'habiter les racines et les traditions, voire en les transformant, mais en évitant que le consumérisme les condamne à mort. C'est le grand danger de l'industrie touristique, qui risque d'écraser un lieu au point que les gens ne vont plus le visiter parce qu'il n'y a plus rien dedans. »
Andrea Segre, propos recueillis par Carlo Cerefolini, Taxidrivers, 13 septembre 2021Expérience immersive dans la lagune de Venise filmée avec un excellent sens de la photographie par un réalisateur qui a toujours combiné sa vaste expérience dans le monde du documentaire avec celle de réalisateur de films dans lesquels le portrait social s'enracine dans des contextes soigneusement analysés. Ses œuvres sont souvent des descriptions de réalités méconnues, accompagnées de l'efficacité expressive et du caractère spectaculaire de plans capables d'éclairer avec une grande élégance des vues caractéristiques. C'est également ce qui se passe dans cette histoire qui se déroule sur la Giudecca, l'île vénitienne où l'essence ancienne d'une culture qui tend aujourd'hui à disparaître est la mieux préservée, engloutie par un esprit d'entreprise qui transforme chaque appartement vacant en chambres d'hôtes pour profiter de la vague touristique toujours croissante.
Il Davinotti
- RéalisationAndrea Segre
- ScénarioAndrea Segre, Marco Pettenello
- ImageMatteo Calore
- MontageChiara Russo
- Producteur (s)Francesco Bonsembiante, Marta Donzelli, Greforio Paonessa
- ProductionsJolefilm, Rai Cinema, avec la contribution du Ministero della Cultura
- Vente à l’étrangerTrue Colours – Glorious Films
- InterprètesPaolo Pierobon, Andrea Pennacchi, Roberto Citran, Ottavia Piccolo, Giuliana Musso, Sandra Toffolatti, Sara Lazzaro, Anna Bellato, Stefano Scandaletti, Mariano Amadio
- Année2021
- Durée100 min
- Pays de productionItalie
- Citation« Les touristes pourraient ne plus venir, mais des crabes il y en aura toujours. »

