BUONGIORNO, NOTTE

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Marco Bellocchio

Story of BUONGIORNO, NOTTE
BUONGIORNO, NOTTE Il incarnait l'espoir dans cette Italie tourmentée des années soixante-dix. A l'origine d'un compromis historique entre la Démocratie chrétienne et le Parti communiste, Aldo Moro bousculait l'échiquier politique transalpin. Il allait, hélas, le payer de sa vie. Le 16 mars 1978, un commando de Brigades rouges enlevait dans la rue le président de la Démocratie chrétienne.

Détenu pendant deux mois dans une 'prison du peuple' aménagée dans un appartement de la capitale, Moro allait être jugé, condamné à mort et exécuté par ses ravisseurs, avant qu'on retrouve son corps le 9 mai.

On pouvait croire que tout avait déjà été dit et écrit sur cet épisode tragique qui fut le point culminant des fameuses 'années de plomb'.

Filmé aussi, avec notamment Il caso Moro, une docu-fiction tournée en 1986 par Giuseppe Ferrara avec Gian Maria Volonté dans le rôle du leader de la Démocratie chrétienne. Mais d'une commande initialement passée par la RAI, le réalisateur de La marche triomphale, Les poings dans les poches et Le saut dans le vide livre une œuvre phare en forme de pari scénaristique et esthétique, sans pour autant renier cet engagement qui a toujours caractérisé son cinéma. Refusant une reconstitution minutieuse de la chronologie des faits et évacuant le débat sur ces éventuels complots dont certains sont toujours persuadés de l'autre côté des Alpes, Marco Bellocchio allie réalité et fiction pour nous faire vivre de l'intérieur un enlèvement qui se terminera de la manière dramatique que l'on sait. L'objectif de sa caméra, c'est l'œil de Chiara, bibliothécaire sans histoire le jour et terroriste en proie à un doute grandissant la nuit. Plus elle épie par le judas de sa geôle l'homme dont le sort est tranché, plus elle étouffe dans son carcan révolutionnaire. Parfois, Chiara rêve même de libérer ce détenu pas comme les autres, ce qui nous vaut ces images oniriques d'un Aldo Moro prenant la clé des champs au petit jour. Mais la réalité revient aussitôt en force avec cette télévision qui crache en permanence les images d'une Italie ébranlée par le drame. Avec aussi ces brigadistes qui ont La sainte famille de Marx et Engels comme livre de chevet et entendent bien aller au bout de leur si noir dessein. Et leur obstination trouve un écho diablement actuel par ces temps à nouveau angoissants. Michel BITZER, Le Républicain Lorrain, 01 02 2004
    • BUONGIORNO, NOTTE

      Il incarnait l'espoir dans cette Italie tourmentée des années soixante-dix. A l'origine d'un compromis historique entre la Démocratie chrétienne et le Parti communiste, Aldo Moro bousculait l'échiquier politique transalpin. Il allait, hélas, le payer de sa vie. Le 16 mars 1978, un commando de Brigades rouges enlevait dans la rue le président de la Démocratie chrétienne.
      Détenu pendant deux mois dans une 'prison du peuple' aménagée dans un appartement de la capitale, Moro allait être jugé, condamné à mort et exécuté par ses ravisseurs, avant qu'on retrouve son corps le 9 mai.

      On pouvait croire que tout avait déjà été dit et écrit sur cet épisode tragique qui fut le point culminant des fameuses "années de plomb".
      Filmé aussi, avec notamment Il caso Moro, une docu-fiction tournée en 1986 par Giuseppe Ferrara avec Gian Maria Volonté dans le rôle du leader de la Démocratie chrétienne. Mais d'une commande initialement passée par la RAI, le réalisateur de La marche triomphale, Les poings dans les poches et Le saut dans le vide livre une œuvre phare en forme de pari scénaristique et esthétique, sans pour autant renier cet engagement qui a toujours caractérisé son cinéma.
      Refusant une reconstitution minutieuse de la chronologie des faits et évacuant le débat sur ces éventuels complots dont certains sont toujours persuadés de l'autre côté des Alpes, Marco Bellocchio allie réalité et fiction pour nous faire vivre de l'intérieur un enlèvement qui se terminera de la manière dramatique que l'on sait.
      L'objectif de sa caméra, c'est l'œil de Chiara, bibliothécaire sans histoire le jour et terroriste en proie à un doute grandissant la nuit. Plus elle épie par le judas de sa geôle l'homme dont le sort est tranché, plus elle étouffe dans son carcan révolutionnaire. Parfois, Chiara rêve même de libérer ce détenu pas comme les autres, ce qui nous vaut ces images oniriques d'un Aldo Moro prenant la clé des champs au petit jour. Mais la réalité revient aussitôt en force avec cette télévision qui crache en permanence les images d'une Italie ébranlée par le drame. Avec aussi ces brigadistes qui ont La sainte famille de Marx et Engels comme livre de chevet et entendent bien aller au bout de leur si noir dessein. Et leur obstination trouve un écho diablement actuel par ces temps à nouveau angoissants.
      Michel BITZER, Le Républicain Lorrain, 1 février 2004

      « J’avais peur du genre film historique, avec un faux Aldo Moro… J’ai commencé par envisager de partir de l’assassinat d’Aldo Moro, pour en arriver au nouveau terrorisme, celui des tours jumelles. Ou de raconter la tragédie à travers les familles, les victimes, et ceux qui ont joué un rôle de médiateur.
      Avec le livre Le prisonnier d’Anna Laura Braghetti, j’ai compris qu’il y avait là matière à une chronique, presque une vie de famille. Il y avait une unité de lieu, un monde clos qui m’intéressait.
      Ceux qui faisait partie de la classe politique au cours de ces années-là ont rejeté violemment le film Ils n’ont pas voulu faire l’effort de voir une fiction, l’ont immédiatement confondue avec l’Histoire. »
      Marco Bellocchio, Télérama, 4 février 2004

      « Sorti en 2003, Buongiorno, notte était, cette année-là, le troisième film italien qui parlait de l’époque des "années de plombs", avec La meglio gioventù de Marco Tullio Giordana et Piazza delle cinque lune de Renzo Martinelli. Il se détache de ces deux derniers films par son refus du réalisme comme de la spectacularisation d’un côté, et de l’intrigue politique, du film à thèse de l’autre. […]
      À sa sortie, Buongiorno, notte a été taxé de film apolitique, parce que complètement tourné en huis clos et centré sur la psychologie des personnages, de film raté historiquement parce qu’infidèle, et de film non problématique parce qu’il évite soigneusement toute référence aux "mystères" du cas Moro. Dans Buongiorno, notte, le cas Moro peut sembler un simple support pour parler des obsessions de Bellocchio : la famille patriarcale, la religion, la folie – ce qui est, bien sûr, en partie vrai. Le film se joue entièrement en huis clos, il n’y a aucune ouverture aux réactions de la société, du Mouvement, et très peu à celles du pouvoir, et presque toutes sont filtrées par l’écran de télévision, qui est la seule fenêtre ouverte sur le monde pour les brigadistes. Cependant, c’est toujours à travers leurs effets répressifs sur l’intimité et la psychologie des personnages que Marco Bellocchio a choisi de filmer les conflits sociaux, le rôle de la religion, des institutions, du fascisme ou de la famille, comme on le voit tout au long de sa carrière, de I Pugni in tasca à Vincere. L’articulation entre le privé et le politique semble ainsi être l’un des grands thèmes de l’œuvre du cinéaste, auquel Buongiorno, notte ne fait pas exception. »
      Marie Fabre, shs.cairn.info, 2010

    • Réalisation
      Marco Bellocchio
    • Scénario
      Marco Bellochio
    • Image
      Pasquale Mari
    • Montage
      Francesca Calvelli
    • Musique
      Riccardo Giagni
    • Producteur (s)
      Sergio Pelone, Marco Bellocchio
    • Productions
      Film Albatros, Rai Cinema, Sky
    • Distribution France
      Paradis Films
    • Interprètes
      Maya Sansa, Luigi Lo Cascio, Roberto Herlitzka, Paolo Briguglia, Pier Giorgio Bellocchio, Giovanni Calcagno, Giulio Bosetti
    • Année
      2003
    • Durée
      1h 45
    • Pays de production
      Italie
    • Citation
      J'avais compris que mes arguments n'avaient aucun poids face à la logique des Brigades Rouges
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