Story of VINCERE
VINCERE
Milan, 1914. Benito Mussolini (Filippo Timi), directeur du quotidien socialiste L’Avanti, est décidé à guider les masses vers un futur anticlérical fermement antimonarchiste et socialement émancipé. À ses côtés, Ida Dalser (Giovanna Mezzogiorno), une femme connue sept ans plus tôt à Trente, qui l'aime, le soutient de façon inconditionnelle et vend ses biens pour financer son propre journal, Il Popolo d’Italia. En 1915, lorsque l’Italie entre en guerre, Mussolini s'enrôle dans l'armée, et Ida donne naissance à un fils : Benito Albino. Elle perd les traces du père, et le retrouve, quelques années plus tard, marié à Rachele Guidi (Michela Cescon). Ida, dès lors, ne cesse de revendiquer sa qualité d'épouse légitime et de mère du fils aîné de Mussolini, mais elle est systématiquement éloignée de force et l’enfant lui est retiré. Enfermée dans un institut psychiatrique, éloignée de son enfant, elle subit tortures et violences psychologiques qui ne suffisent cependant pas à interrompre sa lutte obstinée. En 1937 elle meurt d'une hémorragie cérébrale dans un asile d’aliénés à Venise.
« J’ai été profondément touché par cette femme et par son refus absolu de tout compromis. Au fond, elle aurait pu accepter de retourner dans l’ombre, peut-être même en aurait-elle été largement bénéficiaire, comme ce fut le cas de beaucoup d’autres maîtresses de Mussolini, et comme ce fut toujours le cas pour toutes les maîtresses des puissants de ce monde. Elle, non. Elle voulait revendiquer sa propre identité. Elle ne pouvait pas accepter la trahison de cet homme. Un homme qu’elle a, comme elle l’écrit dans ses lettres, aimé d’une manière absolue et à qui elle a tout donné, y compris son patrimoine. […]
Le comportement d’Ida Dalser, son courage de tenir tête au Duce, de ne jamais fléchir, rebelle jusqu’à la fin, me fait penser à certaines héroïnes de tragédie grecque - Antigone surtout, et bien d’autres encore -, mais aussi à des héroïnes de notre répertoire lyrique comme Aïda, par exemple. Et en cela, le film est également un mélodrame qui raconte l’invincibilité d’une petite femme italienne qu’aucun pouvoir ne fera fléchir. »
Marco Bellocchio, Dossier de presse Ad VitamVincere aborde le fascisme à travers le spectre de sa première victime : Ida Dalser (Giovanna Mezzogiorno, exceptionnelle), amante du jeune Mussolini (Filippo Timi, également impressionnant). […] Bellocchio s'empare de cette histoire pour la faire résonner avec ses propres obsessions : les rapports de pouvoir au sein du cercle familial (à travers la fascination et la haine qu'inspire Mussolini à Ida et surtout à Benito Albino), la critique des institutions psychiatriques et plus généralement le rejet de toutes les structures aliénantes (qu'elles soient religieuses, politiques ou familiales). Comme dans Buongiorno, notte, Bellocchio ne s'embarrasse pas du réalisme et interprète les faits historiques avec une liberté grisante. Ainsi, il mélange sa reconstitution avec des actualités et des films d'époque (depuis Le Cuirassé Potemkine jusqu'aux “Téléphones blancs”), et applique à son récit un style baroque, porté par une omniprésente musique d'opéra et des cadrages souvent fulgurants.
Les Fiches du Cinéma« Marco Bellocchio se bonifie en prenant de l’âge. Vincere nous fait revenir pratiquement cent ans en arrière, dans les années de jeunesse de Benito Mussolini, à l’époque où il était socialiste et directeur du quotidien L’Avanti. Bellocchio a fait un travail remarquable précédé, de toute évidence, par une recherche active et minutieuse. Vincere, outre la performance de ses deux protagonistes - Filippo Timi dans le rôle du Duce et Giovanna Mezzogiorno dans celui de sa maîtresse Ida Dalser - est un formidable travail de reconstruction iconographique avec une dominante de couleurs sombres (excellent travail du directeur de la photo, Daniele Ciprì !) et une revisitation des styles de l’époque, d’une certaine forme d’expressionnisme à l’héritage futuriste.
Nous retrouvons dans ce film tout ce qui a fait l’univers constitutif du cinéma de Marco Bellocchio depuis ses débuts très remarqués avec Les poings dans les poches, en premier lieu la famille mais également l’État et la religion. Ces thèmes sont présents également dans des films plus récents comme Buongiorno notte ou bien Le Sourire de ma mère. Vincere est certes un film sur les ravages de la passion, sur le Duce, sur un pays et son peuple, peuple absent et peu protagoniste mais c’est également (et peut-être avant tout) un film sur une famille, une famille hors du commun. Un film fort où le romanesque confine au lyrisme : du grand cinéma ! »
Jean-Claude Mirabella, La Voce, n° 51, juin 2009
- RéalisationMarco Bellocchio
- ScénarioMarco Bellocchio, Daniela Ceselli
- ImageDaniele Cipri
- MontageFancesca Calvelli
- MusiqueCarlo Crivelli
- Producteur (s)Mario Gianani
- ProductionsOffSide, Rai Cinema, Celluloid Dreams avec le soutien du Ministero della Cultura
- Distribution FranceAd Vitam
- InterprètesFilippo Timi, Giovanna Mezzogiorno, Fausto Russo Alesi, Michela Cescon, Pier Giorgio Bellocchio, Corrado, Invernizzi, Paolo Pierobon, Bruno Cariello, Francesca Picozza, Vanessa Scalera, Giovanna Mori, Patrizia Bettini, Silvia Ferretti
- Année2009
- Durée2h 08
- Pays de productionItalie, France
- Citation"Le mot d'ordre est vaincre ! Et nous vaincrons ! "

