Carte blanche à Jean Gili

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Carte blanche à Jean Gili

  • il y a 6 mois

Affiche de Dramma della gelosia – 1970

Jean Gili, critique de cinéma, présentera deux séances de la Rétrospective consacrée à Ettore Scola :

  • Affreux, sales et méchants le jeudi 2 novembre à 20h30 à L’Arche
  • La terrasse le vendredi 3 novembre à 14h00 à la MJC d’Audun-le-Tiche

Ettore Scola parmi nous

En près de cinquante ans de carrière, Ettore Scola a écrit une des plus belles pages de l’histoire du cinéma italien. Aussi à l’aise dans les décors naturels de sa ville d’adoption, Rome, qu’entre les quatre murs d’un studio, Cinecittà ou la De Paolis, il a créé un monde à la fois réel et imaginaire, un monde fruit d’un mélange de classicisme et de perspectives baroques, de participation romanesque comme de distanciation. Il a bâti une œuvre personnelle d’une invention constante, faisant d’un appartement comme d’une salle de restaurant, d’une terrasse comme d’une cour d’immeuble, d’une rue populaire comme d’une baraque, d’une diligence en fuite comme d’une roulotte de saltimbanques, le reflet infini d’un monde en expansion, un monde à la fois bloqué dans son présent et projeté dans un avenir à construire.

Entre la nostalgie et l’humour décapant, Scola a parcouru le XXème siècle en artiste lucide et en intellectuel engagé, témoin d’un temps qui n’avait qu’à offrir la fin des idéaux révolutionnaires pour des hommes ballottés entre le renoncement et la volonté intacte de lutter. Pour lui, le plus dur était de débloquer les situations apparemment les plus embourbées.

Politiquement marqué par sa longue appartenance au parti communiste dont il fut ministre de la Culture dans le cabinet fantôme imaginé par Berlinguer, il signa des œuvres fortement marquées par son engagement, par exemple Affreux sales et méchants, portrait d’un sous-prolétariat marginalisé que n’aurait pas désavoué Pasolini (le cinéaste des faubourgs avait donné son accord pour enregistrer dans un élégant costume blanc une préface filmée qui aurait ouvert le film ; son assassinat empêcha la réalisation de cette séquence), ou des œuvres testamentaires sur les désillusions de la gauche et la fin des idéologies comme Nous nous sommes tant aimés et La Terrasse qui montrent des individus tirant le bilan de leurs échecs existentiels. Quant à Mario, Maria et Mario – film méconnu qu’il conviendrait de réévaluer – c’est le commentaire désenchanté de la fin de l’appellation « Parti communiste italien » et le sabordage de la gauche italienne.  Scola a aussi signé avec Une journée particulière un des films les plus courageux sur le fascisme comme système politique reposant sur l’exclusion, ici les ménagères et les homosexuels. Il avait encore évoqué l’antisémitisme du régime mussolinien avec Concurrence déloyale. Construit à Cinecittà – le terrain de jeu de son ami Fellini –, le décor du film, parcouru par un tramway de fantaisie, a longtemps constitué un point de repère au milieu des herbes folles de terrains abandonnés.

Paolo Mereghetti, le critique éclairé du Corriere della sera, présentait le cinéaste comme un homme dont l’acuité extrême d’ancien caricaturiste lui permettait de comprendre et de décrire ce que l’Italie était en train de devenir au cours des dernières décennies. Ainsi, peut-être plus proche de Rosi et Petri que de Risi et Monicelli, Scola était devenu la conscience inquiète d’un pays en crise. Il était aussi le héros d’un cinéma italien qui ne voulait pas plier devant les menaces d’homologation, de banalisation, de soumission aux errements des hommes au pouvoir. A cet égard est exemplaire Qu’il est étrange de s’appeler Federico. 

Dépassant le cadre de la péninsule, Scola était aussi l’homme capable de déborder des frontières de son pays, faisant de la France son domaine d’élection. Théophile Gauthier l’avait inspiré pour Le Capitaine Fracasse, le conduisant à recréer dans le Théâtre 5 de Cinecittà les forêts du Sud-Ouest de la France pour suivre les aventures d’une troupe de saltimbanques.  Scola avait aussi évoqué la Révolution française avec La Nuit de Varennes, saisissant l’acmé des déchirements d’un pays avec la fuite du roi et son arrestation qui le conduira à la guillotine. Lors des célébrations du bicentenaire de la Révolution, il apparut clairement que les films qui avaient le mieux rendu compte de l’événement étaient La Marseillaise de Jean Renoir et La Nuit de Varennes d’Ettore Scola.  

A l’évidence, Scola a représenté une figure unique de cinéaste témoin de son temps, d’observateur de l’histoire de la société, d’homme engagé dans la défense des valeurs humanistes, les seules qui permettent de survivre sinon de vivre.

En somme, une référence…

Jean A. Gili

Critique cinématographique, membre du comité de rédaction de la revue Positif, historien du cinéma et éminent spécialiste du cinéma italien auquel il a consacré de nombreux ouvrages ainsi que des documentaires, Jean Gili a été pendant de nombreuses années, directeur artistique des Rencontres du cinéma italien d’Annecy.

« Parmi les spécialistes étrangers du cinéma italien, Jean Gili est sûrement l’un des plus pointus, les mieux informés et les moins ennuyeux. »

Ettore Sola, préface Le cinéma italien, Editions de la Martinière, 2011

Terrazza (ph Paul Ronald) 1
ph Paul Ronald – Collezione Maraldi
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