Dans Venise la Rouge…
- il y a 1 an

Dans Venise la Rouge…
Là, tout n’est qu’ordre et beauté, luxe…
Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.
Venise, la ville des canaux et du mystère, des masques et du carnaval, occupe une place unique dans l’imaginaire collectif. Depuis des siècles, elle incarne à la fois la beauté et la décadence, l’histoire et le rêve. Ce mythe vénitien, alimenté par la littérature et la peinture, s’est poursuivi à l’ère du cinéma, où la ville est devenue un décor fascinant pour un grand nombre de films italiens et internationaux.
Dès la fin du XIXe siècle, Venise s’impose comme un cadre cinématographique idéal. Les premiers films tournés dans la ville remontent aux années 1896-1898, lorsque Alexandre Promio, un des opérateurs des frères Lumière a l’idée de placer la caméra sur un bateau pour filmer les palais de la rive gauche du Grand Canal et réalise ainsi le premier traveling. Ces images documentaires contribuent à forger la représentation cinématographique de Venise dès les débuts du septième art. Son architecture gothique et Renaissance, son réseau de canaux serpentant entre des palais centenaires et sa lumière changeante en font un décor naturel pour des récits où se mêlent romantisme, tragédie et mystère. Le cinéma italien a su exploiter cet environnement singulier pour construire des œuvres marquantes.
L’un des premiers cinéastes à capter l’essence vénitienne est Luchino Visconti avec Senso (1954), qui inscrit Venise dans une fresque historique où passions et destins se croisent dans un tourbillon visuel et émotionnel. Ensuite, Mort à Venise (1971), adaptation du roman de Thomas Mann, sublime la ville, la transformant en un espace de contemplation où l’obsession du personnage principal pour la beauté et la jeunesse se reflète dans le cadre vénitien, à la fois somptueux et crépusculaire.
Un autre film important est Casanova, un adolescent à Venise (1969) de Luigi Comencini, qui propose une vision plus intimiste et nostalgique de la ville à travers le regard d’un jeune Casanova découvrant l’amour et les intrigues de la cité des Doges au XVIIIe siècle. Le Casanova (1976) de Federico Fellini, en revanche, offre une vision plus fantasmée où Venise devient le théâtre d’un carnaval de la démesure et de la mélancolie. Plus récemment, des cinéastes contemporains comme Andrea Segre (La petite Venise, 2011 ; Welcome Venice, 2021) ont exploré Venise sous un angle plus social, loin des clichés touristiques, en mettant en lumière la vie quotidienne des habitants et les tensions culturelles qui traversent la ville et la lagune.

Parallèlement à sa place dans la fiction, Venise joue un rôle central dans l’industrie cinématographique grâce à la Mostra de Venise, l’un des festivals de cinéma les plus prestigieux au monde. Créé en 1932 (c’est le plus ancien des festivals de cinéma), il a contribué à faire émerger des talents internationaux et à promouvoir des films audacieux, souvent en rupture avec les formats hollywoodiens classiques (Joker, Todd Phillips, 2019). Récompensant chaque année des œuvres majeures avec le Lion d’Or, la Mostra s’est imposée comme un espace de découverte et de consécration pour le cinéma d’auteur.
Le festival a vu défiler des œuvres marquantes de l’histoire du cinéma, des chefs-d’œuvre néoréalistes de Roberto Rossellini (Rome, ville ouverte, 1945 ; Voyage en Italie, 1954) et de Vittorio De Sica (Sciuscià, 1946 ; Le voleur de bicyclette, 1948 ; Umberto D, 1952) à des films internationaux audacieux, de L’Empire des sens, (Nagisa Oshima, 1976) à Poor Things (Yórgos Lánthimos, 2023). Il a également accompagné l’évolution du septième art en donnant une place grandissante au cinéma expérimental, aux documentaires et aux nouvelles technologies, notamment avec l’introduction de la réalité virtuelle dans sa programmation.
Venise et le cinéma partagent ainsi un même destin : celui d’un équilibre fragile entre tradition et modernité, entre mémoire et innovation, perpétuant ainsi son mythe à travers l’écran.


















