Qui était Dino Risi ?

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Qui était Dino Risi ?

  • il y a 1 mois

Qui était Dino Risi ?
Pourquoi tout le monde parle bien de lui ?

Né à Milan en 1916, diplômé en médecine et psychiatre manqué (« lassé de soigner des patients qui ne guérissaient pas, je me suis consacré au cinéma », dira-t-il en parlant du choix qui a suivi une première expérience difficile à l’hôpital psychiatrique de Voghera), il commence sa carrière au début des années 1940 en travaillant comme assistant réalisateur pour Mario Soldati et Alberto Lattuada. Après avoir été critique de cinéma pour Milano sera et réalisateur de nombreux documentaires, il s’installe à Rome où, au début des années 1950, il écrit plusieurs scénarios de films populaires pour les producteurs Carlo Ponti et Dino De Laurentiis. Il fait ses débuts de réalisateur en 1952 avec Vacanze col gangster. Il s’affirme dans la comédie de mœurs avec des films brillants qui connaissent un grand succès, tels que Pain, amour, ainsi soit-il et surtout Pauvres mais beaux. Dès lors, il raconte sans relâche les transformations, les évolutions et les régressions de la société italienne sur un ton très personnel qui mêle critique, ironie, drôlerie et évite les préjugés et les moralismes.

À la fin des années 1950 et au début de la décennie suivante, il réalise des œuvres marquantes : Le Veuf et Une vie difficile (Alberto Sordi, magnifique dans un personnage dramatique d’idéaliste vaincu, l’a cité comme le meilleur des près de deux-cents films qu’il a interprétés), Le Fanfaron avec Vittorio Gassman et Jean-Louis Trintignant, le road movie italien par excellence, le film le plus célèbre de Risi avec lequel il révolutionne la comédie en éliminant le happy end, puis Les Monstres avec Vittorio Gassman et Ugo Tognazzi protagonistes d’une vingtaine de sketchs fulgurants et mémorables. Tous ces films portent en temps réel un regard satirique d’une grande acuité sur l’Italie dans sa phase de passage, de mutation anthropologique et sociale, d’un statut prémoderne à la modernité. Ils ont été plébiscités par le public et la critique. L’Italie, dont il devient une sorte de conscience critique, est un spectacle permanent pour Risi. Médecin, il publie, l’un après l’autre, des bulletins de santé alarmés et féroces, mais aussi indulgents et débonnaires, qui montrent une galerie de personnages typiques du boom économique, miroir d’un pays euphorique, hâbleur et velléitaire, destiné à payer amèrement dans les années suivantes ses multiples insouciances irresponsables.

Protagoniste absolu de ce genre nommé par la suite comédie à l’italienne, Dino Risi a conçu et réalisé une longue série d’œuvres avec une perspicacité sociologique surprenante, un à-propos parfait et une critique des mœurs piquante. Ces films sont fulgurants et impitoyables, ils scrutent les origines réelles de certains stéréotypes sur l’Italie et les Italiens et sont entrés de plein droit dans l’histoire du cinéma. Au cours d’un demi-siècle, Dino Risi a porté son regard désenchanté et son expérience d’entomologiste tour à tour sur la ferveur et les espoirs de la reconstruction d’après-guerre, les enthousiasmes et les contradictions du boom économique, les vieux tabous sur l’érotisme et la révolution sexuelle, l’enchantement et le désenchantement des années de la contestation et le drame de ceux du terrorisme, jusqu’à la désorientation face à la domination de l’ère de la télévision et de celle d’Internet.

Maurizio Grande, un spécialiste, a écrit : « C’est précisément le drame de l’art de la débrouille qui constitue le trait particulier de la comédie italienne. Le cinéma traduit en comédie le cynisme et le conformisme de la politique, des mœurs, de l’éthique et de la religion : il montre les constructions fragiles de la reconstruction économique et les contradictions qui se dissimulent derrière la bienséance, les pulsions les plus inavouables (surtout la duperie des sentiments et la façade d’un moralisme risible). Une fusion aigre-douce, un genre de films drôles qui en disaient long sur un moment particulier de la société italienne… ». Fidèle aux enseignements de ses maîtres de prédilection, Clair, Lubitsch et Wilder, Risi a lui-même expliqué : « C’étaient des films de critique de la société et des mœurs, mais l’une des qualités de la comédie à l’italienne était de refuser tout message prémédité, qui était plutôt la grande préoccupation des auteurs plus nobles… et plus ennuyeux ».

De son regard détaché mais avec une lucidité critique impitoyable, Dino Risi démystifie tous les symboles et les certitudes de l’Italien moyen. À partir de la seconde moitié des années 1960, grâce aussi à la collaboration bénéfique avec des scénaristes tels qu’Age et Scarpelli, Scola et Maccari, comme lui en état de grâce, il crée plusieurs comédies incisives et cinglantes comme Le gaucho, Play-boy Party, Le Tigre et Fais-moi très mal mais couvre-moi de baisers. Puis, en 1971, il réalise Au nom du peuple italien, un film prémonitoire sur le conflit entre un magistrat inflexible (Ugo Tognazzi) et un entrepreneur corrompu et sans scrupules (Vittorio Gassman), qui reflète parfaitement, avec un esprit grinçant, les conflits sociaux et politiques du moment.

Dans les années 1970, après Rapt à l’italienne (Marcello Mastroianni est un industriel enlevé par des terroristes en fuite, voilà Parfum de femme (1974), un film joyeux, fondamental dans la filmographie de Risi. C’est le portrait drôle et amer d’un officier aveugle bourru (un Vittorio Gassman d’anthologie) qui traverse l’Italie avec son ordonnance. Son intention est de se suicider mais il se rend à l’amour d’une jeune femme. Depuis, l’œuvre de Dino Risi connaît une sorte de repli intérieur dû, d’après lui, à la sensation que la vieillesse arrive. Il aborde alors des thèmes et des situations plus amers et mélancoliques à travers des films denses et pleins d’inquiétude, Âmes perdues et Cher papa, tous deux avec Gassman, La Chambre de l’évêque avec Tognazzi et Fantôme d’amour, une histoire d’amour étrange, un thriller gothique, avec Mastroianni et Romy Schneider. Cette série de films sombres est néanmoins entrecoupée de retours heureux à la comédie qui lui est plus familière, comme Les Nouveaux Monstres, un puzzle collectif gratifié d’une nomination aux Oscars du meilleur film étranger, réalisé dans le sillage de ses Monstres inoubliables, l’enchaînement de divers sketches satiriques. Je suis photogénique est de la même veine, une satire de la mythomanie dans le monde du cinéma, avec Renato Pozzetto dans le premier rôle.

Au début des années 1980, Dino Risi est désormais élu au rang de maître par les plus grands critiques français qui vont jusqu’à forger le néologisme dinorisien pour qualifier sa touche personnelle caractéristique et les tendances les plus agressives et transgressives d’un genre particulier qui a enrichi d’histoires et d’émotions la comédie à l’italienne. « Il châtie les mœurs, il les fustige profondément et en montre les racines malades », dit de son cinéma le critique Giacomo Gambetti.

Dans ces années-là, il dirige par deux fois Coluche, dans Dagobert avec Michel Serrault et Ugo Tognazzi, puis dans Le Fou de guerre, aux côtés de l’humoriste Beppe Grillo. Il se consacre ensuite principalement à la fiction télévisée, d’abord par la longue série de …Et la vie continue, puis avec la mini-série La ciociara, remake du célèbre film de Vittorio De Sica, avec la même protagoniste, Sophia Loren. Après avoir dirigé en 1990 une fois de plus Vittorio Gassman dans Valse d’amour, un film dans lequel prévaut une veine plus mesurée, tendre et crépusculaire, il réduit son activité en la limitant à quelques incursions rapides dans la comédie populaire et la fiction télévisée.

Après le Lion d’Or pour la carrière à la Mostra de Venise en 2002 et la publication deux ans plus tard de son autobiographie drôle et corrosive intitulée Mes monstres, il décide à l’occasion de ses 90 ans de raconter sa vie et son œuvre dans le documentaire Una bella vacanza. Le titre est inspiré de sa façon de définir son expérience dans le cinéma et de la manière dont il s’y est consacré dès le début.

Par la suite il a continué d’habiter à Rome, dans sa résidence du quartier des Parioli où il s’était installé au début des années 1980. Toujours disponible pour se laisser interviewer par les journaux et la télévision, il commentait avec son humour inimitable, sa perspicacité sociologique et quelque bon mot les faits et méfaits de la société, du cinéma et du spectacle. Réfractaire aux célébrations qu’il évitait, maître du désenchantement, de l’équilibre et de la légèreté, il a cultivé une modestie continue et élégante, ainsi qu’une nonchalance mythique, jusqu’à sa disparition à 91 ans, en juillet 2008.

Fabrizio Corallo

La carrière éclectique de Fabrizio Corallo (Bari, 1957) tourne autour du cinéma depuis 1979. Journaliste, il a collaboré avec des journaux nationaux tels que L’Espresso et Il Messaggero et pour des magazines cinématographiques avec pendant dix ans une rubrique mensuelle dans Ciak. Essayiste, il a participé à des ouvrages communs tels que Maestro per caso (1993) consacré à Dino Risi. Sa plume lui a permis d’œuvrer en tant que rédacteur pour Rai 2 et Rai 3, chaînes pour lesquelles il a été également concepteur et auteur d’émissions télévisuelles dont Napoli Signora (2014), qui reçoit le Prix Italia, Le chiamavano jazz band, un programme tv avec Renzo Arbore et Pupi Avati, Mariangela! (2017), dédié à l’actrice Mariangela Melato et primé avec une mention spéciale au Nastri d’Argento. Depuis les années 2000, il a réalisé plusieurs documentaires : citons Una bella vacanza (2006), consacré à Dino Risi, Dino Risi Forever-Cento anni ma non li dimostra (2016), Sono Gassman! Vittorio re della commedia (2018), Nastro d’Argento du meilleur documentaire en 2019. En 2020 il réalise successivement Siamo tutti Alberto Sordi et Vera e Giuliano consacré à et Giuliano Montaldo et son épouse Vera Pescarolo, présenté à la Festa del Cinema di Roma. Il a également participé en 2019 au scénario de Citizen Rosi (2019) réalisé par la fille de Francesco Rosi, Carolina, et Didi Gnocchi.

Fabrizio Corallo

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